Une charrue, un boeuf, un champ, et c’est parti : formation à la culture attelée et à l’agriculture de conservation

J’ai pu assister, pendant 3 jours, à une formation sur la culture attelée et sur l’agriculture de conservation. Cette formation, organisée par la Fédération des Banques de Céréales du Guéra était dispensée à des « encadrants ». Ils la dispenseront eux même, par la suite, aux agriculteurs adhérents des banques de céréales de la zone sur laquelle ils interviennent.

Il faut noter qu’ici, tout le monde (ou presque) est agriculteur. Chacun possède des terres et les cultives, peut importe le métier.

LA FEDERATION DES BANQUES DE CEREALES DU GUERA

Avant tout, parlons un petit peu des banques de céréales. 

Les banques de céréales ont un fonctionnement très simple : les membres de la banques peuvent emprunter des sacs de mil (céréales) en début de la saison des pluies (alors que les semis viennent d’être fait et que les réserves de sacs s’amenuisent). Ils les remboursement après la récolte, à la fin de la saison des pluies. L’objectif des banques est donc de permettre un accès à un stock de céréales à une époque cruciale de l’année.

L’ensemble des banques du Guéra – soit un peu plus de 320 banques – sont regroupées dans une Fédération, présidée par le père Franco, jésuite à l’origine de la mise en place des banques dans la province. De plus, Yvan, un volontaire DCC en mission depuis novembre 2018, y occupe un poste de directeur général.

C’est donc cet organisme qui est à l’origine de la formation, afin de former, au final, les agriculteurs membres des banques de céréales et ainsi poursuivre la mission de lutte contre l’insécurité alimentaire.

LE PROGRAMME

L’objectif de cette formation est, dans un premier temps, de promouvoir l’utilisation de la charrue et autres machines pour faciliter le travail du sol et le désherbage. Bien loin des gros tracteurs, ces machines sont tractées par des ânes, des boeufs ou des chevaux, permettent de préparer au mieux le sol avant toute culture. Cela nécessite également de sensibiliser et former les agriculteurs sur le semi en ligne (alors que le semi à la volée est majoritaire dans la région) afin de faciliter l’entretien du champ, et notamment le passage de la sarcleuse pour désherber.

Le second objectif est de sensibiliser et former les agriculteurs aux techniques de l’agriculture de conservation afin qu’ils puissent améliorer la qualité de leurs sols et ainsi leur production.

La formation a duré 3 jours avec au programme :

– Démontage et remontage d’une charrue (permettant le labour du sol) et d’une sarcleuse (permettant un désherbage mécanique),
– Apprentissage (en français et en arabe local (:o)) des noms des pièces des 2 machines,
– Comparaison de l‘infiltration et de la conteneur en nutriments de différents substrats : la terre ordinaire, l’argile, le compost, le fumier, la terre présente sous un acacia, etc. Cela permet de pouvoir conseiller les agriculteurs sur leur choix de terrain et sur les manières de l’améliorer.
– Echanges de bonnes pratiques pour lutter contre l’érosion du sol et le ruissellement lors de grosses pluies,
– Echanges & discussion sur l’agriculture de conservation, l’agro-foresterie, la lutte contre le ruissellement et les inondations, le semi en ligne, l’association de culture, la rotation des cultures, l’association agriculture/élevage, etc.,
– Fabrication d’un compost à base de paille, de fumier, etc.,
– Echanges sur l’utilisation grandissante des produits phytosanitaires par les agriculteurs tchadiens.

Bref, un programme bien chargé pour ces 3 jours, et des discussions très intéressantes.

L’OCCASION D’EN APPRENDRE PLUS SUR L’AGRICULTURE TCHADIENNE ET SES AGRICULTEURS

Pourquoi protéger les sols ?

L’information la plus importante que j’ai pu apprendre pendant cette formation est le système de fonctionnement des « champs ». En effet, l’espace disponible est tellement important au Tchad qu’il n’y a pas, comme en France ou dans bien d’autres pays, de notion d’exploitation agricole avec des champs transmis de génération en génération. Un agriculteur va décider de cultiver sur un espace donné pendant quelques années puis changera de place pour recommencer ses récoltes.

La problématique qui apparaît est donc la suivante : puisque l’agriculteur ne restera pas sur la terre qu’il cultive très longtemps, pourquoi en prendre soin et pourquoi vouloir protéger le sol ? Pourquoi lui parler d’agriculture de conservation, de régénération de sols, etc. ?

Avec la population grandissante, la production agricole, aujourd’hui extensive au Tchad, doit s’améliorer pour augmenter les rendements. C’est sur ce point que les arguments sont orientés lorsque les sujets de protection du sol, lutte contre l’érosion, etc. sont abordés avec les agriculteurs. Il s’agit avant tout de produire plus, dans de meilleures conditions, à la fois pour l’agriculteur d’un point de vue effort, et pour la terre.

L’arbre miracle
L’acacia albida (Crédit photo : Le Monde)

De plus, avec un formateur ayant fait des études en agro-foresterie, j’ai pu apprendre énormément de l’utilisation de l’agro-foresterie ici. J’ai notamment pu découvrir l’arbre qui est surnommé « l’arbre miracle » : l’acacia albida.

Pourquoi miracle ? Cet arbre, très présent dans la région, a la particularité de perdre ses feuilles pendant la saison des pluies (cas unique ici), et d’avoir de très profondes racines. Il n’est donc pas en compétition avec les cultures semées sous ses branches, ni pour la lumière, ni pour l’eau de surface ou encore pour les nutriments présents dans le sol. Que demander de plus ? 🙂

Un gros travail de sensibilisation est donc en cours afin de réduire la coupe des arbres aux abords des champs, et de favoriser un élagage si nécessaire. En effet, les agriculteurs ont pour habitude de couper les arbres à proximité directe des champs car ils sont les habitats d’oiseaux, insectes et autres qui viennent détruire les cultures

L’ennemi des cultures n°1
Striga parasitant du maïs (Crédit photo : Ephyta INRA)

A contrario de cet arbre miracle, j’ai aussi pu découvrir une adventice bien vicieuse : le striga. Cette plante parasitaire à la particularité de se semer dans les champs et d’attendre que le mil forme ses racines pour venir germer, s’y fixer et puiser les nutriments, privant ainsi la céréales. Il est donc impossible de savoir, avant que la culture ne soit déjà avancée, si le sol contient, ou non, des strigas.

Actuellement, la solution majoritairement utilisée pour lutter contre cette plante est le désherbage manuel, avant la floraison afin d’éviter la dispersion des graines pendant l’arrachage. Un travail minutieux et chronophage.

Aussi, une autre solution est en train de percer (difficilement) : la rotation des cultures. Cette pratique, très peu utilisée actuellement, permet l’élimination des strigas avant germination. Par exemple, le striga ne peut pas parasiter des cultures telles que le sésame, le coton, les légumineuses fourragères, etc. A la fois bon pour le sol et sa régénération (notamment les légumineuses qui permettent de fixer l’azote dans le sol), la rotation des cultures permet également de lutter contre cette adventice, ce qui intéresse énormément les agriculteurs.

Pour en savoir plus : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/05/22/faidherbia-albida-l-arbre-refuge-de-l-agriculture-sahelienne_5465458_3212.html

LA SUITE

Après ces 3 jours de formation avec les encadrants, la prochaine étape est la formation, par les encadrants, des agriculteurs membres de banques de céréales. 

MOUSTAGBAL supervise une vingtaine de banques de céréales. J’aurai donc surement l’occasion, avec l’encadrant en charge de cette supervision, d’assister à des formations, et ainsi d’échanger sur ces sujets avec d’autres agriculteurs.

Quel bonheur de pouvoir parler d’agriculture de conservation, d’agro-foresterie, et de pouvoir comprendre comment fonctionne l’agriculture tchadienne et quelles sont les principales préoccupations des agriculteurs.

A suivre…

Commentaires

  1. d'hubert

    Bravo, bravo et merci de ce travail !
    Je felicite cette volontaire dans la promotion de l’agriculture de conservation . Voici 31 ans j’etais dans les pentes de Kivu chez les peres blancs et la DCC à militer contre l’erosion des sols par des techniques reproductibles . Depuis je suis conseiller agricole , promoteur de l’agriculture de conservation, ensemble de techniquas agro ecologiques basées sur le travail des vers de terre en remplacement de l’action brutale et nefaste de la charrue. (avec des benefices environnement et une efficacité bien superieure à ce qui est permis par l’agriculture biologique trop consommatrice de terres agricoles) C’est vous dire si je lis avec plaisir ces lignes sur l’agriculture au Tchad .
    Félicitations et encouragements. François d’hubert à 76420 Bihorel

    1. Auteur
      de l’article
      Kévin MOITY

      Bonjour François,
      Merci beaucoup pour votre message.
      J’ai également beaucoup étudié l’action des vers de terre sur les sols, principalement dans le cadre de l’arrêt du labour et du semis direct. Il pourrait être très intéressant d’échanger ensemble sur ces sujets, si cela vous dit. Je vous envoie un mail !
      Encore merci, et à très bientôt
      Kévin

  2. O.K georges

    le travail orienté à la résolution des difficultés donne toujours de bon résultats à plusieurs niveaux,c’est ce que l’agriculture tchadienne est en train de réussir.

    1. Auteur
      de l’article
      Kévin MOITY

      En effet, cela peut prendre du temps, mais les résultats sont généralement là.
      Pour l’instant, je découvre encore l’agriculture tchadienne mais elle est passionnante.

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